En France, le recours aux punitions corporelles est interdit depuis 2019, mais 48 % des parents affirment encore avoir recours à la fessée occasionnellement. Les recommandations officielles prônent l’écoute et la compréhension, pourtant, une proportion significative de familles persiste à privilégier l’obéissance stricte comme gage de réussite éducative.
Les neurosciences l’affirment : un contrôle parental trop marqué freine l’envol de l’autonomie, tandis qu’un abandon du cadre laisse place à l’insécurité. Les pratiques éducatives, observent les chercheurs, s’enracinent davantage dans les habitudes familiales que dans l’efficacité réelle.
Comprendre les grands courants éducatifs : strict, bienveillant, laxiste
Trois grands styles parentaux structurent les débats sur l’éducation. D’abord, l’éducation stricte s’en remet à l’obéissance. Ici, les règles ne tolèrent pas de discussion, la discipline s’impose, et l’autorité rassure autant qu’elle contraint. Héritée de traditions familiales, cette approche se fonde sur la conviction que le cadre forge la personnalité. Pourtant, l’écart avec les violences éducatives ordinaires est mince, et des spécialistes tels que Catherine Gueguen ou Isabelle Filliozat rappellent que la sanction répétée alimente anxiété et méfiance chez l’enfant.
À l’opposé, l’éducation bienveillante, ou éducation positive, privilégie l’écoute, le respect des émotions, l’accompagnement quotidien. Les parents bienveillants posent des limites, mais cherchent à comprendre la cause des comportements pour agir sans brutalité. Popularisée à travers les réseaux sociaux et les travaux d’experts, cette posture encourage l’autonomie et la confiance. Ici, on abandonne les punitions humiliantes au profit de la réparation, du dialogue et de la compréhension.
Quant à l’éducation laxiste, souvent confondue avec la bienveillance, elle se caractérise par une absence de repères. Les règles deviennent floues ou disparaissent, les conflits sont évités, parfois par peur de blesser ou de déplaire. L’enfant évolue alors dans un espace sans limites, ce qui ne sécurise en rien son développement. Plusieurs recherches pointent que ce laisser-aller favorise l’incertitude et l’agitation.
Pour mieux cerner ces différences, voici les caractéristiques principales de chaque approche :
- Éducation stricte : mise sur l’autorité, expose à un risque de violences éducatives ordinaires.
- Éducation bienveillante : équilibre entre cadre et empathie, soutenue par la recherche moderne.
- Éducation laxiste : absence de règles solides, effets délétères sur la construction de l’enfant.
Parent strict ou parent bienveillant : quelles différences au quotidien ?
Dans la vie de tous les jours, la distinction entre parent strict et parent bienveillant se révèle dans chaque interaction. Le parent strict fixe les règles de façon unilatérale : horaires, devoirs, tâches domestiques, tout est réglé comme du papier à musique. L’autorité ne se discute pas. En cas d’écart, la sanction tombe, et l’expression des émotions de l’enfant reste en sourdine.
Du côté bienveillant, le dialogue prime. Les règles existent, mais sont expliquées, adaptées à l’âge et au contexte. Le parent bienveillant écoute les émotions de l’enfant et privilégie la réflexion partagée. On cherche des solutions ensemble plutôt que d’imposer des punitions. L’enfant s’implique dans la vie familiale, apprend à dire ce qu’il ressent, à mieux comprendre ses propres réactions.
Entre ces deux manières de faire, les journées ne se ressemblent pas : le parent strict veille à la cohérence, parfois en étouffant les ressentis. Le parent bienveillant, lui, accueille l’imprévu, favorise l’expression et l’écoute. Les spécialistes, de Catherine Gueguen à Isabelle Filliozat, s’accordent à dire que la relation émotionnelle façonne l’équilibre de l’enfant. Ce n’est pas le laxisme qui s’installe, mais un cadre construit sur la confiance et la compréhension mutuelle.
Quels impacts sur le développement de l’enfant selon le style parental ?
Le style parental influence durablement le développement de l’enfant. L’éducation stricte, axée sur la sanction et l’obéissance, provoque souvent stress, inhibition de la parole et perte de confiance en soi. Les travaux menés par la fondation pour l’enfance et divers experts démontrent que l’autorité rigide installe la peur, l’anxiété, et un sentiment d’infériorité qui persiste.
En optant pour l’éducation bienveillante ou parentalité positive, les parents offrent à leur enfant une sécurité affective qui stimule l’autonomie et les aptitudes sociales. L’enfant apprend à reconnaître ce qu’il ressent, à exprimer ses besoins, à coopérer. Le cadre posé se nourrit de dialogue et d’explications. Les recherches convergent : une atmosphère d’écoute, dénuée de violences éducatives, diminue nettement les troubles anxieux, les difficultés comportementales et le rejet scolaire.
Tableau comparatif des impacts
| Style parental | Effets sur l’enfant |
|---|---|
| Éducation stricte | Obéissance, inhibition, anxiété, risque de violences éducatives ordinaires |
| Éducation bienveillante | Sécurité affective, confiance, autonomie, meilleures compétences sociales |
Pour Catherine Dumonteil-Kremer et Isabelle Filliozat, la force du lien prime largement sur la simple transmission de règles. Il ne s’agit pas d’un concours de discipline, mais bien de créer, dès l’enfance, les fondations de l’équilibre psychique, de la sociabilité et de la capacité à faire face aux tensions.
Vers une éducation équilibrée : trouver sa propre voie en tant que parent
L’éducation n’a rien d’un parcours rectiligne. Entre injonctions multiples, débats d’experts et pression des réseaux sociaux, les parents français cherchent leur route. La notion de parentalité positive s’impose de plus en plus, portée par des voix reconnues comme Isabelle Filliozat ou Catherine Gueguen. Pourtant, chaque foyer avance à sa façon, selon ses valeurs, ses contraintes, ses tâtonnements.
Face au dilemme entre laxisme et contrôle, les parents expérimentent, doutent parfois, ajustent souvent. La bienveillance ne se résume pas à tout permettre ni à céder sur l’essentiel. Elle suppose de l’écoute, de la constance, une capacité à poser des règles claires tout en respectant l’enfant comme une personne à part entière. L’éducation équilibrée s’invente dans les détails du quotidien, dans la gestion des désaccords, dans le respect de la personnalité de chaque enfant.
Pour ceux qui cherchent à aller plus loin, quelques repères s’imposent :
- Mettre en place un cadre sécurisant sans avoir recours à la moindre violence éducative.
- Encourager le dialogue, l’expression des émotions et la compréhension partagée.
- Prendre du recul sur ses propres pratiques, s’informer, remettre en question certains automatismes hérités.
Rien n’est figé : l’exigence peut rimer avec douceur, la fermeté se conjugue avec l’écoute. L’éducation bienveillante n’est pas une recette toute faite, mais une manière de chercher, jour après jour, ce qui aide chaque enfant à s’épanouir. Il n’existe pas de parent parfait, seulement des adultes qui avancent, qui ajustent, qui apprennent, et c’est sans doute là que réside la véritable réussite éducative.


